Le Modern Express arrivé à bon port

Après plus d’une semaine de dérive au large des côtes françaises et espagnoles, le navire Modern Express est arrivé ce matin au port refuge de Bilbao. Bref retour sur cet épisode.

Rappel des faits

Le Modern Express, navire de type roulier battant pavillon Panaméen qui transportait 3600 tonnes de bois ainsi que des engins de travaux, était à la dérive aux larges des côtes françaises depuis mardi 26 janvier. Dans une mer plutôt houleuse le navire avait basculé. A priori, l’accident aurait été provoqué par la chute des morceaux de bois qui auraient été mal fixés. Depuis le 26 janvier, différentes tentatives de remorquage ont été entreprises, dont la seconde manœuvrée lundi 1er février a été un succès. Craignant que le navire s’échoue sur une plage landaise, les autorités maritimes et les communes landaises sont restées mobilisées jusqu’au bout. L’échouage du navire ne représentait que très peu de risques pour l’environnement, néanmoins cet incident soulève à nouveau la question de la règlementation relative au transport maritime de marchandises.

Pourquoi le port de Bilbao

Après le cas de l’Erika, il a été décidé que des ports refuges en mesure d’accueillir des navires en besoin d’assistance seraient désignés. Le choix du port de refuge dépend ensuite de la situation du navire en détresse ainsi que de la volonté de la préfecture maritime. Pour le navire Modern Express, après des négociations c’est le port de Bilbao qui a été choisi et cette décision a été accepté par les autorités espagnoles.

Et maintenant que va-t-il se passer ?

Une fois le bateau arrivé au port puis redressé, il sera examiné en vue de déterminer son état, selon la compagnie Smit Salvage. Nous ne savons pas pour l’instant combien de temps prendra cette opération car c’est la première fois que des manœuvres de cette ampleur, impliquant un cargo de 164 mètres, sont organisées dans le port espagnol. Son rapatriement et son redressement ne s’annoncent « pas simples » selon Christian Buchet, le directeur du Centre d’études et de recherche de la mer. Nous continuerons bien entendu à suivre l’évolution de l’opération. Afin de tirer des leçons de cet incident, nous appelons désormais l’Organisation Maritime Internationale et l’Europe à engager rapidement une réflexion quant à la réglementation relative au transport maritime.

Notre communiqué de presse du 2 février donne des détails sur ce point.

Léa Daulan, Rédactrice Environnement

Modern Express : un renforcement de la réglementation est nécessaire

Alors que le Modern Express est actuellement remorqué vers le port refuge de Bilbao en Espagne, la question de la sécurité du transport maritime et des risques afférents est à nouveau mise sur le devant de la scène. Engagée depuis plus de 20 ans sur cette problématique, Surfrider s’interroge : combien de drames du transport maritime devront encore survenir avant que les décideurs politiques n’agissent en faveur d’une législation véritablement contraignante ?

Le Cargo Modern Express

En détresse pendant plusieurs jours, le Modern Express, cargo battant pavillon panaméen, est actuellement remorqué vers le port refuge de Bilbao, en Espagne. Si les opérations de secours ont permis d’éviter une nouvelle catastrophe environnementale, cet accident soulève néanmoins à nouveau la question de la règlementation relative au transport maritime de marchandises. Ce dernier a en effet connu une croissance exponentielle tant en termes de trafic que de capacité, mais aussi d’impact environnemental.

Si cette fois-ci la catastrophe semble avoir été évitée, il ne faut en effet cependant pas négliger l’impact important du transport maritime sur l’environnement. Migrations d’espèces invasives, pertes de conteneurs, marées noires, dégazages illicites, etc., autant de conséquences sur l’environnement marin et littoral. Pour autant, le législateur agit essentiellement en réaction à des accidents, sur la base d’un consensus de la société internationale. C’est pourquoi Surfrider exhorte donc l’OMI et l’Europe à engager rapidement des réflexions sur plusieurs points de prévention dans la règlementation relative à ce mode de transport :

  • Obligation d’adaptation des équipements de sauvetage dans tous les ports afin de permettre une
    intervention rapide et optimale des secours.
  • Reconnaissance du préjudice écologique au niveau législatif, afin de garantir la prise en compte du
    dommage environnemental et donner une stabilité juridique à sa réparation.

L’ensemble des questions liées aux risques du transport maritime fait partie des mesures défendues par
Surfrider dans le cadre d’un livre blanc pour la sécurité maritime en Europe.

Face à l’ampleur des risques, il est urgent d’agir.

Sac plastique : un nouveau report décevant

Alors qu’un décret concernant l’interdiction des sacs plastique à usage unique devait entrer en vigueur au 1er janvier 2016, nous vous annoncions il y a peu que celui-ci avait été repoussé de 3 mois. Puis hier la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, a annoncé que le décret n’entrerait finalement en vigueur qu’au 1er juillet prochain.

 

« C’est une véritable déception cette inflexion dans le calendrier. Ça fait des années qu’on communique sur cette interdiction, certaines villes sont des territoires zéro sac plastique, donc on aurait souhaité plus de fermeté de la part du gouvernement sur cette question-là. On donne encore plus de temps pour considérer l’océan comme une poubelle au lieu de le débarrasser des sacs plastique. Les impacts sur la biodiversité continuent et sont bien présents, il est donc vraiment important d’agir le plus tôt possible et d’anticiper même si l’annonce officielle est au 1er juillet. C’est dès maintenant que les commerçants doivent abandonner la distribution de ces sacs plastique. ». Antidia Citores, manager lobbying de Surfrider

«J’ai écouté le besoin de transition »

C’est ce qu’a affirmé Ségolène Royal pour expliquer la raison du report de cette interdiction qui est prévue par la loi sur la transition énergétique. La ministre justifie ainsi ce second report par la demande des commerçants et des distributeurs d’un peu plus de temps pour faire face à l’arrêt de la distribution des sacs plastique à usage unique afin de trouver de nouveaux fournisseurs soit de sacs biodégradables, en papier ou réutilisables.

Soutien aux territoires zéro sac plastique

La ministre de l’Écologie a cependant annoncé le versement de 30 000 euros supplémentaires aux communes « zero déchets zero gaspillage » qui souhaitent appliquer l’interdiction avant le 1er juillet.

On vous en parlait récemment, selon une étude de la fondation Ellen McArthur si aucun changement n’était engagé dans nos habitudes de consommation, il devrait y avoir plus de plastique que de poissons dans l’océan d’ici 2050.

Alors on continue de lutter en refusant dès à présent les sacs plastiques et on se mobilise avec les Initiatives Océanes 2016 du 17 au 20 mars prochain en participant ou en organisant une collecte de déchets près de chez soi.

Léa Daulan, Rédactrice Environnement

Modern Express : un cargo à la dérive

Après le TK Bremen en 2011, le Luno en 2014, le littoral européen est une nouvelle fois menacé. Nos équipes sont en alerte et suivent chaque minute les opérations. Restez informés en direct en suivant notre compte twitter @surfridereurope.

Lundi 1er février 2016, 20h00

Le cargo est désormais à 60 km du littoral landais. Le Centaurus remorque actuellement le Modern Express vers le port de Bilbao en Espagne, qui a donc été désigné comme port refuge. Si l’opération est pour le moment un succès, les risques demeurent et les communes landaises restent en alerte.

Lundi 1er février 2016, 14h30

L’opération de remorquage est toujours en cours et semble se dérouler dans de bonnes conditions. Le cargo s’éloigne ainsi des côtes landaises et devrait quitter les eaux territoriales d’ici peu. Reste désormais à savoir quel sera le port de refuge de ce cargo. Lors de la conférence de  presse qui s’est tenue à midi, Nathalie Marthien la préfète des Landes, a ainsi évoqué que des négociations étaient en cours à ce sujet. Certaines sources parlent du port de Gijón en Espagne mais rien n’est confirmé pour l’heure.

Il nous faut néanmoins rester vigilants car lors de la 1ère tentative de remorquage vendredi dernier, la haussière (câble qui connecte le cargo au remorqueur) avait lâché. Si la même situation se présente, le cargo continuera donc de dériver vers les côtes françaises. Les communes du littoral landais sont donc toujours mobilisées et ont déployé toutes leurs ressources pour faire face à cette situation.

©Marine Nationale

©Marine Nationale

Lundi 1 février 2016, 12h30

Depuis maintenant près d’une semaine le cargo Modern Express est à la dérive au large de la Côte atlantique. Il est actuellement à moins de 50km des côtes landaises et fait l’objet d’une tentative de remorquage depuis 8h30. Pour l’heure, l’opération se déroule comme prévu et le cargo a pu être attaché au remorqueur le « Centaurus ». Cependant, la suite de l’opération reste complexe et il reste un risque important puisque le câble du remorqueur pourrait rompre à tout moment. En cas d’échec, selon un communiqué de presse de la préfecture des Landes, le cargo s’échouera d’ici demain sur une plage entre Biscarosse et Lit-et-Mixe.

Rappel des faits

Mardi 23 janvier 

Le cargo qui transporte 3600 tonnes de bois et d’engins de travaux publics bascule sur le côté. La cause? Pour le moment rien de sûr mais selon certains experts il semblerait que la marchandise aurait été mal amarrée causant ainsi le basculement du navire.

Vendredi 29 janvier : La 1ère tentative de remorquage échoue, laissant le cargo à la dérive

Lundi 1 février : Nouvelle tentative de remorquage en cours

Quels risques ?

Aucune fuite de carburant n’a été observée pour le moment et les risques écologiques semblent pour l’heure assez minimes puisque le cargo ne contient dans ses soutes « que 300 tonnes » d’hydrocarbures de propulsion. Cependant si le remorquage venait à échouer il nous faudra suivre de près l’échouage du cargo.

L’océan et la COP 21 – Partie 2 : l’océan, puits de carbone et fournisseur d’oxygène

L’océan joue un rôle de stockage et de redistribution de la chaleur, permettant une température homogène sur Terre. Mais cela n’est qu’une partie des services qu’il nous rend! Il a également le pouvoir d’absorber du dioxyde de carbone, et une respiration sur deux se fait grâce à lui! Mais là encore, ces pouvoirs sont affectés par le changement climatique…

Partie 2 :  l’océan, puits de carbone et fournisseur d’oxygène

Mécanisme. L’océan absorbe le dioxyde de carbone (CO2) depuis l’atmosphère selon deux procédés :

  • Le procédé physico-chimique (représente 90% de l’absorption) : le CO2 est transmis à l’océan par simple dissolution du gaz dans l’eau de mer. Plus les eaux sont froides, plus la quantité de carbone absorbée est grande (le CO2 est plus soluble dans l’eau froide). Les courants froids emportent le CO2 vers le fond pour former des stocks de carbone (le carbone y est prisonnier) – exemple : dans l’Atlantique nord, à proximité de la banquise, on trouve l’un des plus grand puits de carbone au monde – ; mais une grosse partie du gaz se mélange avec le reste de l’océan.
Fig.1 L'Océan absorbe naturellement et de façon permanente le CO2 de l'air, qui se dissout au contact de l'eau - Crédits : Surfrider Open Campus

L’océan absorbe naturellement et de façon permanente le CO2 de l’air, qui se dissout au contact de l’eau – Crédits : Surfrider Open Campus

  • Le procédé biologique (représente 10% de l’absorption) :
    • le phytoplancton (le plancton végétal), pour faire sa photosynthèse (et produire sa matière organique) a besoin de la lumière du soleil et du CO2. En échange, il rejette de l’oxygène (O2) dans l’atmosphère. Cette photosynthèse nous offre ainsi 50% de l’oxygène que nous respirons, soit une respiration sur deux! A sa mort, les organismes morts tombent au fond de l’océan; la matière organique qu’ils contiennent se transforment alors en pétrole ou en gaz (cette couche qui se forme au fond de l’océan s’appelle la nécromasse).
    • les espèces à coquille calcaire utilisent également du carbone (les carbonates de calcium) pour fabriquer leur «squelette». Ces sédiments se transformeront plus tard en roche calcaire, comme les falaises d’Etretat!
La pompe à carbone biologique - crédits : ocean-climate.org

La pompe à carbone biologique – crédits : ocean-climate.org

L’océan régule notre trop-plein… de gaz! Exactement comme avec la chaleur, l’océan nous aide à modérer le réchauffement global de la planète : environ 1/3 du CO2 généré par les activités humaines depuis le début de la révolution industrielle (1800) a été absorbé –  chaque année, 25% du CO2 est absorbé. Il y a ainsi moins de CO2 dans l’atmosphère. L’effet de serre, et plus généralement les conséquences sur le climat seraient donc encore plus graves si l’océan n’avait pas ces facultés.

Le problème. Aujourd’hui, l’augmentation des rejets de CO2 par les activités humaines met en péril cet équilibre. L’océan a toujours absorbé d’énormes quantités de CO2, mais le gaz carbonique rejeté par l’homme représente un excédent considérable. L’absorption de tout ce CO2 entraîne une modification chimique des masses d’eau. Il en résulte :

  • une augmentation des ions hydrogènes, responsable de l’acidification de l’océan;
  • une diminution des carbonates de calcium. Les coraux et les mollusques (huitres, moules) auront donc plus de mal à construire leur squelette calcaire (voir supra). 

Autres conséquences. Il a également été montré que :

  • des algues munis de plaques calcaires, ou d’autres animaux à squelettes calcaires, présentent des anomalies lorsqu’ils se développent dans un milieu acidifié;
  • la physiologie des poissons serait touchée, et plus précisément leur système sensoriel (ils seront par exemple incapables de détecter la présence d’un prédateur);
  • de là, tous les éléments de la chaîne alimentaire sont également touchés de manière indirecte (dont l’Homme au sommet de la chaîne).
  • D’autres animaux profitent de l’acidification. Par exemple, les méduses prolifèrent : un milieu acide lui permet de produire beaucoup d’oeufs; les forts apports en nutriments (rejets des stations d’épuration) et la raréfaction de ses prédateurs (à cause de nos modes de pêche) ne peuvent que lui rendre service!
Méduses - crédits : Biosphoto / Laurent Piechegut - source : www.123ocean.com

Méduses – crédits : Biosphoto / Laurent Piechegut – source : www.123ocean.com

Les chiffres. L’acidification a augmenté de 30% depuis 1800. Certains modèles de prédictions prévoient une augmentation de 150% d’ici 2100. Le rythme actuel de l’acidification est 10x plus rapide que pendant 55 millions d’années qui nous ont précédées. Le pH de l’océan est passé de 8,2 à 8,1.

Réactions en chaîne. L’acidification est un problème. Le réchauffement des eaux de surface en est un autre. Or, ce dernier contribue à réduire la capacité de l’océan à absorber du CO2 (le CO2 se dissout mieux dans l’eau froide). De ce fait, la concentration de CO2 dans l’atmosphère augmente et aggrave son impact sur le climat.

D’importantes questions restent en suspend. Quelle est la capacité d’adaptation du plancton face à l’acidification du milieu dans lequel il évolue ? Et celle de la faune et la flore océanique en général? Quelle est la vulnérabilité de cette machine climatique?


Zoom sur notre héros : le plancton!

Fiche d’identité. Né il y a plus de 3 milliards d’années, son nom signifie «dérive dans les océans au gré des courants». Il représente 95% de la biomasse des océans et est constitué de plusieurs dizaines de milliers d’espèces (virus, bactéries, micro-algues, cellules reproductrices, larves de poissons, micro-crustacés, etc.). L’expédition Tara a ramené un échantillon de près de 35 000 espèces, qui constituent 40 millions de gènes microbiens.

Diversité planctonique - crédits : Image: Christian Sardet/CNRS/Tara Expeditions - source : www.zmescience.com

Diversité planctonique – crédits : Image: Christian Sardet/CNRS/Tara Expeditions – source : www.zmescience.com

En plus de ses fonctions de stockeur de carbone et de fournisseur n°1 d’oxygène, il nous rend d’autres services :

En mourant, la plancton libère du sulfure de diméthyle (un gaz soufré). L’oxydation de cette molécule favorise la formation des nuages au dessus des océans et donc les pluies! Ce gaz contre-carre donc l’effet de sert en réduisant les rayonnements solaires qui atteignent la Terre.

Le plancton est également le premier maillon de la chaîne alimentaire. Chaîne : plancton végétal et animal < moyens prédateurs < gros prédateurs < Homme. Chaque année, le français consomme 35 kilos de poissons, mangeurs de plancton et/ou mangeurs de mangeurs de plancton.

Et la baleine et le requin pèlerin, par exemple, se nourrissent uniquement de zooplancton.

En outre, il est utilisé en médecine pour élaborer de nouveaux remèdes.

Malgré tous ces services, il est maltraité par :

  • les déchets plastiques : des chercheurs de Plymouth ont réussi à démontrer l’ingestion de plastique par le zooplancton. Ces chercheurs soulignent le fait que cette consommation rend plus difficile la reproduction et la survie des copépodes, et que les substances toxiques des déchets plastiques peuvent être transmises à l’ensemble de la chaîne alimentaire;
  • l’acidification des océans due à la pollution atmosphérique;
  • l’exploitations off-shore;
  • l’aquaculture à grande échelle;
  • l’artificialisation des milieux côtiers.

Face à ces enjeux planétaires, quelles solutions? Les chefs d’Etat ont-ils su saisir l’opportunité de la 21ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP21) pour prendre en compte la voix de l’océan, représentée entre-autre par la plateforme « Océan et Climat » (dont Surfrider fait partie) ? Et nous, citoyens, comment agir ? Suite au prochain épisode!…

Océanement vôtre, 

L’antenne 76 de Surfrider

 

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Sources : Plateforme « Océan et climat », Ressources Surfrider Open Campus, France Inter, France Info, France Nature Environnement

Quatorze ans après, le capitaine et le propriétaire du « Prestige » déclarés responsables

Il y a un peu plus de deux ans on vous annonçait à notre grand désarroi le verdict de la justice espagnole qui acquittait les trois responsables du naufrage du navire Prestige. Celui-ci avait provoqué 10 ans plus tôt le déversement de près de 63 000 tonnes de fioul dans la mer. Cette catastrophe écologique avait causé une marée noire sans précédent qui a touché à la fois l’Espagne, le Portugal et le littoral français, provoquant des dommages environnementaux conséquents et coutant la mort à des milliers d’oiseaux et d’animaux marins.

Oiseau

Prestige, 2002.

La justice espagnole, en charge de l’affaire, n’avait reconnu aucune responsabilité pénale dans cette affaire, la question de préjudice écologique étant alors complétement écartée. Ainsi les parties civiles n’avaient fait l’objet d’aucune réparation pour les dommages causés sur leur littoral.

Hier, mardi 26 janvier, quatorze ans après le naufrage du pétrolier, le Tribunal suprême espagnol a cassé le jugement précédent et a enfin jugé responsables le propriétaire ainsi que le capitaine du navire.

«La cour a condamné à deux ans de prison le capitaine du […] Prestige […] comme auteur d’une atteinte à l’environnement par imprudence», a déclaré l’instance.

Prestige

Prestige, 2002.

Ce n’est pas la première fois que la justice condamne les auteurs d’une marée noire. En 2012, la Cour de cassation française avait en effet condamné la compagnie pétrolière Total à 200,6 millions d’euros de dommages et intérêts, dont environ 13 millions au titre de leur « préjudice écologique », à la suite du naufrage de l’Erika qui avait provoqué une gigantesque marée noire sur la côte Atlantique française.

Clean Up

Nettoyage bénévole après le naufrage de l’Erika.

Lors du procès de l’Erika la notion de préjudice écologique était alors apparue. Il y a déjà trois ans, on vous évoquait déjà l’éventuelle intégration du préjudice écologique dans le Code Civil. Dernièrement ce concept est réapparu dans les débats au Sénat dans le cadre de la loi sur la biodiversité. Espérons que cela soit fait rapidement.

Léa Daulan, Rédactrice Environnement

L’océan va-t-il devenir une poubelle géante ?

Chaque mois de janvier, plusieurs chefs d’Etats ou de gouvernement ainsi que des dirigeants de grands groupes se réunissent pour quelques jours à Davos autour du Forum économique monde. C’est à l’occasion de l’ouverture de ce forum le mardi 20 janvier, que la fondation de la navigatrice Ellen MacArthur a publié un inquiétant rapport.

Selon une étude menée par la Fondation, l’absence de recyclage entrainerait une proportion supérieure de déchets plastiques que de poissons dans l’océan d’ici 2050.

POISSONS

D’après le rapport, à l’heure actuelle ce sont environ 150 millions de tonnes de plastique qui se trouvent dans nos océans, et cette masse de déchets devrait augmenter en passant à 250 millions de tonnes en 2025 et atteindre 750 millions de tonnes en 2050.

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Plage de La Barre, Anglet

Il est vrai qu’il est difficile de prendre conscience de cette pollution car elle n’est pas sous nos yeux tous les jours. Toutefois, il n’est désormais plus question de l’ignorer ! C’est dans cet objectif que Surfrider œuvre depuis sa création en 1990. Des Initiatives Océanes aux projets scientifiques et au lobbying institutionnel, Surfrider est là pour faire bouger les choses et sensibiliser les citoyens à cette problématique.

Une de nos plus belle victoire à ce jour est l’interdiction des sacs plastiques à usage unique en France,  grâce notamment aux actions de mobilisation citoyenne, via la campagne Ban The Bag, ainsi que notre lobbying auprès des institutions françaises au ministère. Après un report de 3 mois l’interdiction d’utilisation de ces sacs plastiques devrait entrer en application en mars 2016.

Ce sont ces alarmantes prévisions qui donnent le ton en ce début d’année 2016. Cependant, on garde le moral et on continue de se mobiliser pour aller collecter les déchets avec les Initiatives Océanes de 2016 qui vont bientôt débuter.

Vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire pour participer à une collecte ou organiser une collecte de déchets près de chez-vous. Allez hop, on s’implique pour préserver nos océans !

Léa Daulan, Rédactrice Environnement

L’océan et la COP 21 – Partie 1 : l’océan, réservoir et « redistributeur » de chaleur

Le système océanique est intrinsèquement lié à celui du climat. Si l’océan nous permet de vivre sur Terre dans les conditions que nous connaissons, en nous offrant une température homogène sur la planète, de l’oxygène, et en captant une grosse partie du dioxyde de carbone, il subit les effets d’un changement climatique trop rapide. La capacité de l’océan à réguler le climat s’en trouve alors menacée, et par là même l’avenir de la planète et de l’humanité.

C’est pourquoi, en juin 2014, la plateforme « Océan et Climat » s’est créée pour porter ce message : l’océan doit être pris en compte dans les négociations climatiques ! Qu’en a-t-il résulté dans l’Accord de Paris signé le 12 décembre 2015 à l’issue de la 21ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP21) ?

Mais d’abord, tour d’horizon du lien entre océan et machine climatique…

Partie 1 : L’océan, réservoir et « redistributeur » de chaleur

Le mécanisme. L’océan stocke la chaleur (en absorbant l’énergie solaire) puis la restitue à l’atmosphère sur de longues périodes (plusieurs siècles), via les courants marins.

Les masses d’eaux chaudes transportent en surface la chaleur accumulée dans les tropiques –> vers les pôles. Par exemple : le Gulf Stream est un courant de surface en Atlantique Nord qui apporte une partie de la chaleur accumulée à l’équateur en transportant les eaux des Caraibes vers l’Europe. Le Canada ne profite pas des eaux chaudes apportées par le Gulf Stream, d’où les différences de températures et de climat entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

Puis, ces eaux de surface, en se refroidissant, plongent dans les profondeurs ! A leur tour, ces courants froids circulants en profondeur font le chemin inverse.

Schéma simplifié de la circulation océanique globale - site ocean-climate.org

Schéma simplifié de la circulation océanique globale – site ocean-climate.org

Tout cela se faisant en échange permanent avec l’atmosphère, il y a redistribution de la chaleur sur Terre, et donc réduction des écarts de température.

Ces courants forment une boucle de circulation (la circulation thermohaline), comme un « tapis roulant ». Un goutte d’eau effectue une boucle complète en 1000 ans ! 

L’océan régule notre trop plein d’énergie ! L’excès de chaleur généré par les activités humaines (qui dit « activités humaines » dit augmentation des gaz à effet de serre, et donc augmentation de la température) depuis 1800 est absorbé à 93% par l’océan. Ainsi l’océan atténue l’augmentation de la chaleur dans l’atmosphère; sans lui, la température serait encore plus haute !

Situation avant le développement industriel - source : ocean-climate.org

Situation avant le développement industriel – source : ocean-climate.org

Situation actuelle - augmentation de l'effet de serre - source : ocean-climate.org

Situation actuelle – augmentation de l’effet de serre – source : ocean-climate.org

Le problème. L’océan se réchauffe, principalement dans les couches superficielles, mais aussi, pour les hautes latitudes, dans les couches profondes.

L’ensemble de la mécanique thermique planétaire est donc affecté par l’augmentation de la chaleur. Exemple concret : le décalage vers le nord du Gulf Stream, auquel s’est superposé la tendance lourde du réchauffement, a pour conséquence le réchauffement des eaux de l’Atlantique.

Et les effets liés se poursuivraient pendant des décennies même si le phénomène s’interrompait aujourd’hui.

Les conséquences du réchauffement de l’océan

  •  Conséquences sur le niveau de la mer :
    • la fonte des glaciers (terrestres) fait augmenter la masse d’eau globale;
    • le volume d’eau océanique se dilate du fait de l’élévation de température, ce qui fait également augmenter la masse d’eau.

Résultat : le niveau de la mer augmente ! De 18,7 cm depuis 1901. De 3 mm par an depuis 1992. Et il pourrait monter de 50 cm à 1m d’ici 2100.

Si la calotte glacière islandaise fondait, cela provoquerait une élévation du niveau de la mer de 7,2 m – source : futura-sciences.com – crédits : Algkalv, Wikipédia, DP

  • Conséquences sur les espèces :
    • Les populations de certaines espèces sont en forte diminution. Exemple concret de la morue : dans le Golfe du Maine, la température de l’eau s’est réchauffée très vite. Qui dit eau plus chaude dit moins de zooplancton. La population de la morue a donc diminué brutalement car elle n’a pas pu s’adapter.
    • D’autres populations migrent vers les pôles ou vers de nouvelles zones. Exemple là encore de la morue, dont certaines populations de la mer du Nord se déplacent vers l’Arctique (car dans la mer du Nord, les larves n’ont plus assez de plancton pour grandir). D’ici 2050 cette espèce aura parcouru 290 km ! 
    • Certaines espèces s’adaptent aux changements de température.
Migration de poissons - crédits : Reinhard Dirscherl - source : sciencesetavenir.fr

Migration de poissons – crédits : Reinhard Dirscherl – source : sciencesetavenir.fr

  • Ces conséquences sur les espèces ont directement des conséquences économiques. Puisque le zooplancton, à la base de la chaîne alimentaire, se déplace vers le Nord (là où la température est la plus favorable), les poissons aussi se déplacent. Ainsi, si on reprend l’exemple de la morue : en mer du Nord, les pêcheurs n’en trouvent plus (donc conséquence directe sur l’activité de ces pêcheurs). Au même moment, en Islande et en Norvège, les pêcheurs en pêchent à profusion puisque la morue migre vers le Nord : cela a pour conséquence de faire baisser le prix de la morue baisse, et donc les quelques morues pêchées en mer du Nord ne rapportent plus rien. Double peine, donc, pour les pêcheurs de la mer du Nord.
  • Conséquences sur les évènements exceptionnels. Un océan chaud augmente le réchauffement de l’air. Ce réchauffement de l’air augmente la quantité d’eau qui s’évapore vers l’atmosphère. Le cycle hydrologique atmosphérique change, il est perturbé. Cela se traduit concrètement par une augmentation des précipitations intenses et des sécheresses. Les changements dans la circulation générale de l’atmosphère bousculent aussi les structures de vents, ce qui a pour conséquence  une augmentation de l’intensité des cyclones et des inondations. Les régions côtières sont les plus touchées ; la détérioration des milieux naturels des côtes a pour effet de les rendre moins résistantes aux autres conséquences du changement climatique (érosion littorale, perte de biodiversité, migration des populations). Ce cercle vicieux amène inégalités écologiques, économiques et sociales.
La Nouvelle-Orléans, Louisiane, août 2005, après le passage de l’ouragan Katrina - crédits : Vincent Laforet, New York Times/Redux - source : nationalgeographic.fr

La Nouvelle-Orléans, Louisiane, août 2005, après le passage de l’ouragan Katrina – crédits : Vincent Laforet, New York Times/Redux – source : nationalgeographic.fr

Mais l’océan n’absorbe pas uniquement la chaleur … Suite au prochain épisode

 

Océanement vôtre, 

L’antenne 76 de Surfrider

 

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Sources : Plateforme « Océan et climat », Ressources Surfrider Open Campus, France Inter « Planète environnement », Le Monde « Planète », CNRS

Vélib, électroménager, canettes…Quand le Canal Saint-Martin touche le fond

Ses 90.000 m3 d’eau vidés, le canal Saint-Martin prend soudain des airs de désolation. Des plages de vases font surface. Avec l’odeur qui va avec. Avec surtout d’innombrables déchets répandus sur près de 4,5km. On croirait voir là un village subaquatique déserté que des archéologues auraient mis au jour. Il n’en est rien. Cette vue édifiante d’un des spots habituellement les plus agréables et recherchés de la capitale est bien la conséquence d’actes quotidiens, d’objets abandonnés, jetés ou tombés au gré des années, de pique-nique estivaux et de soirées épiques.

Depuis le 4 janvier et jusqu’en avril, les agents de la ville de Paris entreprennent le nettoyage et la remise en état du site. Une telle opération d’entretien n’avait pas été menée depuis 2001. Cette année, la municipalité s’attend à collecter près de 40 tonnes de déchets, vase comprise, dont une partie doit être recyclée ou revalorisée. Mais la pollution a déjà fait son œuvre. Les huiles et carburants échappés d’une dizaine de scooters et motos se sont depuis bien longtemps déversés dans le milieu. Sans parler de nombreux objets plastique et électroniques dont les composants se désagrègent dans l’eau.

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On compte également une centaine de Vélib et autant d’autres vélos. L’antenne locale de Paris a par ailleurs constaté la présence de poussettes, de chariots de supermarché, de l’électroménager, des chaises, du mobilier urbain telles que poubelles et barrières de chantier, des sacs plastiques, des centaines de canettes de bière – en verre ou en métal – tapissant littéralement le fond du canal… Tout semble bon s’y déverser. Pourtant, aucune de ses épaves n’a vocation à s’y retrouver. Et encore moins à devenir le décor familier de poissons.

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En mai dernier, lors de son Initiative Océane 2015, Surfrider Paris avait sensibilisé les usagers des lieux quant aux déchets laissés derrière eux sur les berges. Ces derniers ne peuvent que finir à l’eau quand ils ne sont pas ramassés et recueillis dans les poubelles voisines. Nous en avons ici une malheureuse et choquante illustration. Conjugués aux incivilités semblant sans incidence, ces oublis ou jets dans le canal conduisent pourtant celui-ci dans une bien mauvaise passe environnementale.

Cédric, Surfrider Antenne Paris