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25-02-2011 Forage pétrolier profond au large de la Guyane : une autorisation à contre courant ?

Des travaux de forage pétrolier off-shore profond pourraient commencer demain le 25 février, à 150 km au large de Cayenne, en Guyane française. Quelques mois après la catastrophe de la plate-forme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique, les mesures de sécurité déployées pour parer à une éventuelle marée noire restent insuffisantes et les enjeux environnementaux n'ont toujours pas été pris en compte.

Un inquiétant record

La Guyane s'apprête à battre un inquiétant record de France : celui du plus profond forage jamais réalisé sur le territoire national. C'est en effet au large de Cayenne que l'entreprise britannique TULLOW se prépare à engager dans quelques jours des travaux de forage à une profondeur record de 6000m (2000m de colonne d'eau et 4000m de sous-sol océanique). Pour rallier une poche pouvant éventuellement contenir des hydrocarbures, cette entreprise a reçu le soutien des multinationales SHELL et TOTAL, contribuant aux 100 millions d'euros d'investissements nécessaires.

Sur le plan climatique, le Potsdam Institute for Climate Impact Research indique que si l'on veut garder la hausse des températures en dessous des deux degrés et ainsi éviter les pires conséquences des changements climatiques, moins d'un quart des réserves prouvées en fossiles (pétrole, gaz et charbon) peuvent être consommés d'ici à 2050. La science du climat nous impose donc aujourd'hui de stopper notre fuite en avant vers toujours plus de prospections pétrolières à haut risque.

Après l’échec d'une tentative de concertation initiée par les associations locales de protection de la nature, force est de constater que le projet comporte toujours des failles : suivi insuffisant des impacts des travaux sur l'écosystème, moyens de lutte contre la pollution mobilisables sous des délais trop longs, Plan POLMAR local totalement inadapté...

Des enjeux écologiques imporants

Les eaux guyanaises sont l'un des dix macros écosystèmes marins les plus productifs au monde (en biomasse par an). Alors que les stocks d'espèces commercialisables sont presque partout en baisse, cette particularité est remarquable. La pêche représente d'ailleurs localement une activité durable qui pourrait être touchée de plein fouet en cas d'accident. Les eaux guyanaises recèlent aussi une biodiversité marine très riche. Entre les deltas de l'Amazone et de l'Orénoque se développent ainsi 933 espèces de poissons, 29 espèces de mammifères marins et 5 espèces de tortues marines. Les tortues luths pourraient être tout particulièrement affectées, le calendrier de forage coïncidant en effet avec les saisons de ponte.

Rappelons que les conclusions du rapport d'enquête sur la catastrophe de la plate forme Deepwater Horizon n'ont été rendues publiques qu'en janvier dernier et n'ont pas encore été exploitées. Que les Etats-Unis se sont prononcés récemment en faveur d'un moratoire sur les travaux de forage dans le Golfe du Mexique. Et qu'au niveau européen, la Commission a engagé les Etats membres, le 12 octobre dernier, à user du principe de précaution sur les forages profonds, dans l'attente d'un renforcement du cadre juridique européen.

Pour une suspension immédiate des travaux

Dans ce contexte international et régional où la prudence est de mise, compte tenu de la vulnérabilité aux risques des écosystèmes marins, des activités littorales, pêche et tourisme, des pratiquants d'activités nautiques et de la faiblesse des mesures de sécurité, les organisations environnementales demandent la suspension immédiate de l'autorisation d'ouverture des travaux.

Le projet de forage doit amener la société à s'interroger : aller toujours plus loin chercher du pétrole, avec des conséquences environnementales - climat et biodiversité- toujours plus fortes ne résoudra ni la question du climat, ni celle du renchérissement du prix des hydrocarbures.

Le temps est venu de repenser les investissements d'aujourd'hui pour qu'ils reflètent les priorités de demain. C'est le devoir de la France -et des Etats- de préparer dès aujourd'hui la sortie du pétrole et d'investir massivement dans les économies d’énergies et les renouvelables.

Contacts presse
Guyane Nature Environnement, Christian ROUGIER : 06 94 20 92 07 (-3h GMT)
Surfrider Foundation Europe, Antidia CITORES : 06 69 71 15 20

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