Le procès du Matterhorn, un bateau frigorifique libérien arraisonné en mai dernier dans le canal d’Ouessant pour un dégazage volontaire en mer, a eu lieu jeudi à Brest. Surfrider qui s’est porté partie civile dans ce dossier était présent dès l’ouverture des débats.
Le procureur de la République a ainsi requis un million d’euro d’amende à l’encontre de l’armateur grec la société Eastwind Transport Ellas et du capitaine du navire poursuivis pour rejet volontaire d’hydrocarbures.
Sans surprise, aucun n’était présent à l’audience. Le conglomérat auquel appartient la société grecque s’est déclaré en faillite. L’armateur n’a d’ailleurs jamais payé l’amende de 300 000 euros fixée par la justice après le déroutement du Matterhorn sur le port de Brest le 25 mai dernier et a laissé à l’abandon cargo et hommes d’équipage. Cinq mois plus tard, la saisie du navire avait permis d’indemniser les marins et de les rapatrier vers leur pays d’origine.
Le Matterhorn avait été surpris le 25 mai au matin par un avion des douanes avec une pollution par hydrocarbures longue de 22 km sur 200 mètres de large, ce qui équivaut à un dégazage d’environ 45 minutes dans le canal d’Ouessant, à 80 km des côtes françaises.
Pour le procureur, le caractère volontaire du rejet ne fait aucun doute. Lors du procès, le pilote des douanes a rappelé que le rejet des hydrocarbures, observé dans le sillage du Matterhorn, a cessé au premier contact radio entre le cargo et l’avion des douanes en survol montrant ainsi la maîtrise de la pollution par le navire. De plus, le capitaine ne s’est soumis à l’ordre de déroutement que 26 heures après son émission. Toutefois, lors de l’inspection au port de Brest, aucune preuve matérielle n’a pu être rapportée , le séparateur d’eaux mazouteuses et le tuyaux d’assèchement ne semblaient pas avoir été utilisés. Ce qui laisse planer un doute sur le rejet d’hydrocarbures par le navire incriminé.
A la barre du tribunal, les experts du centre de sécurité maritime ont rappelé que l’état de propreté apparente du navire et l’inutilisation des tuyaux n’écartaient pas pour autant l’hypothèse d’un dégazage sauvage. Le procureur a renchéri «quand on arrive à quai 26 heures après, on a le temps de dissimuler des preuves accablantes».
La décision du tribunal est attendue pour le 2 mars prochain.