Et si le sable n’existait plus, à quoi ressembleraient nos coins préférés de baignades, nos photos de vacances, nos châteaux de sables ? Lorsque nous partons en vacances, nous ne nous doutons pas que cette ressource non durable pourrait bien disparaître en 2100. Alors que les projets de dragage sont toujours plus nombreux, ils reportent et aggravent le problème d’érosion côtière. Rapport sur ce phénomène inquiétant.

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Le héros invisible de notre quotidien

Vous rentrez de vacances ou avez la chance de jouer les prolongations en bord de plage ? C’est donc le moment opportun pour vous parler de la seconde ressource naturelle la plus utilisée au monde après l’eau et omniprésente dans notre quotidien : le sable.

Verre, peinture, carte bancaire, ordinateur, cosmétique, béton armée, caoutchouc, le sable est un des composants clés de nombreux produits de par ses performances techniques et son coût relativement bas. Mais la surconsommation de celui-ci revêt des conséquences environnementales désastreuses comme l’érosion, la disparition des plages et îles et le déséquilibre des écosystèmes marin.

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L’Océan, ce marchand de sable

La majorité du sable provient de l’Océan par un système appelé dragage – vous pouvez imaginer ça comme un aspirateur géant qui ne fait pas la différence entre sable et organismes vivants. Le sable du désert n’est pas adapté à l’utilisation que l’on en fait car les grains sont ronds et lisses et ne permettent pas d’assurer la durabilité des constructions. A l’inverse les grains marins collent et s’agrègent entre eux permettant ainsi aux constructions d’être solides sur le long terme.

Le secteur qui est le plus demandeur de sable est la construction, le sable mélangé au ciment devient du béton armé, il faut notamment 200 tonnes de sable pour la construction d’une maison de taille moyenne, 3 000 tonnes pour un hôpital, et 30 000 tonnes pour un 1km d’autoroute. Similairement à l’eau, 15 milliards de tonnes de sable sont utilisées chaque année. L’exploitation de cette ressource non durable s’est développée depuis les années 1970 et connait une croissance exponentielle depuis. Chaque jour, entre 4 000 et 400 000 m3 de sable sont extraits des fonds marins par des navires de drague.

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Les effets pervers d’une consommation excessive

La demande en croissance exponentielle fait écho à notre consommation excessive, nos modes de production sont pensés afin de réduire les coûts économiques mais pas écologiques.

Le dragage est à l’origine de la majorité des conséquences néfastes, comme abordé précédemment, la faune et la flore marine sont aspirées et éliminées. Le fonds de l’Océan est vital car les espèces qui y vivent sont la base de la chaîne alimentaire marine, la survie de l’écosystème dépend donc de cet élément. Le dragage perturbe l’équilibre naturel dont l’action des vagues et des courants et permet aux métaux lourds de refaire surface. Les récifs coralliens et les poissons sont impactés au même titre alors qu’ils permettent la viabilité des espèces et aux communautés locales de subsister et d’être autonome. Cette méthode participe donc à l’augmentation du niveau de l’Océan et au changement climatique. De la même façon, l’exploitation du sable participe à l’augmentation des crues de rivières, à l’enlaidissement des paysages, et à la disparition des plages et îles. La nature compense le pillage de sable en mer avec le sable présent sur les rivages. Ainsi, les plages reculent et la tendance s’accélèrent – l’érosion côtière menace 90% des plages mondiales, d’ores et déjà 25 îles d’Indonésie ont disparu.

Pour finir, la consommation excessive de sable entraîne une hausse de la demande donc une hausse des prix, cela assorti à une absence de contrôle des pouvoirs publics ont pour conséquence le trafic du sable (mafia, marché noir). Ce sable illégal représenterait d’ailleurs 40 à 45% de la consommation mondiale.

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Une clientèle insatiable

Singapour et Dubaï souhaitent augmenter continuellement leur superficie en gagnant du terrain face à la mer. Les projets « the palm » et « the world » démontrent cette course effrénée face à l’inéluctable – prendre du sable dans les fonds marins pour alimenter les côtes ne fait qu’aggraver le problème.

En Floride, 9 plages sur 10 sont en voie de disparition, les municipalités dépensent une fortune pour conserver les bords de mer qui représentent de hauts lieux d’attraction touristique, mais les solutions ne semblent pas faire leurs effets.

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Des exemples moins exotiques

Les prélèvements massifs de sable portent également préjudice aux côtes de nombreux pays européens dont la France. Par exemple, l’ex ministre de l’économie Emmanuel Macron a autorisé en avril 2015 un projet d’extraction de sable dans la baie de Lannion (proche d’une zone Natura 2000), à seulement 7 km au large de Trébeurden. Soucieux des risques prévisibles encourus par l’homme (emplois locaux directs et indirects) et l’écosystème marin (faune et flore), le collectif « Peuple des Dunes en Trégor » dont fait parti Surfrider Foundation lutte depuis contre cette mise en danger accessoire. Le collectif demande avant tout début d’exploitation ; la suspension du décret jusqu’à que des solutions alternatives soient évaluées et la mise en place d’un référendum auprès des 15 communes concernées.

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Le rajout de sable sur les plages est d’une logique strictement économique. Nous continuons à commettre les mêmes erreurs car une action ici aura des conséquences ailleurs. Mais n’oublions pas que le sable est une ressource non durable – il faut compter des centaines voire des milliers d’années pour qu’un grain de sable se forme (processus d’altération et d’érosion) et atteigne l’Océan, et avec l’augmentation des barrages (obstacles qui retiennent le sable), la route est plus longue. Prendre des mesures réfléchies et adaptées au contexte et dans le temps est donc primordial. A titre individuel, des alternatives écologiques au béton existent (béton d’argile, bois, chanvre, etc.), il suffit de se renseigner !

Laura Anty, Rédactrice Environnement

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