Les bioplastiques connaissent un fort développement depuis une quinzaine d’années. Ils se distinguent pour certains par leur capacité à se biodégrader plus rapidement que les plastiques dits conventionnels ; pour d’autres, précurseurs de la grande famille des plastiques végétaux, par leurs teneurs en matières biosourcées. Pour autant, sont-ils assez vertueux pour représenter une alternative durable ?

 

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« Bioplastiques » : de quoi parle-t-on, au juste ?

 « Lingettes nettoyantes biodégradables », « Emballages de canettes comestibles pour les poissons » « plastiques conçus à base d’algues ». Publicitaires et marketeurs redoublent d’arguments pour séduire les consommateurs désireux de réduire leur impact environnemental. Les bioplastiques sont vantés pour leurs supposées qualités en termes de biodégradabilité ou encore mis en avant pour leur non-dépendance aux énergies fossiles, dans le cas des plastiques biosourcés. Qu’ils soient seulement biodégradables, biosourcés ou les 2 combinés, ces plastiques du futur sont présentés par les industriels du secteur comme une alternative sérieuse au plastique conventionnel. Permettant de réduire notre impact environnemental, ils seraient destinés à remplir les rayons de produits cosmétiques et détergents, remplaçant les sacs, bouteilles et emballages conventionnels.

Pourtant, ce tableau est bien loin de la réalité… Surfrider met en garde contre ce greenwashing car ces plastiques sont loin d’être LA solution d’avenir. En effet, qui dit plastique biosourcé ne signifie pas qu’il soit en matière 100 % biodégradable, mais qu’une partie de sa matière première n’est pas d’origine fossile. On trouve ainsi sur le marché des plastiques synthétisés à partir d’amidon de pomme de terre, d’amidon de maïs, de canne à sucre, de glucose dérivé de l’amidon ou encore d’huile végétale. Or, la culture de ces matières premières n’est souvent pas exempte d’impact sur l’environnement. Remplacer une ressource fossile par une matière naturelle et renouvelable nous ramène au débat sur les biocarburants : la culture intensive de terres arables pour leur production, trop souvent via des plants transgéniques, n’est pas davantage souhaitable.

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Surfrider a testé dans ses locaux la biodégradabilité d’un sac en bioplastique labellisé OK Compost Home dans son lombricomposteur. Après plus de 3 mois, le sac est toujours entier et ne présente pas de dégradation majeure.

Le bioplastique est-il compostable ?

Qui dit bioplastique ne signifie pas non plus que vous pourrez le mettre au compost ! En effet, l’origine des matières premières utilisées pour fabriquer l’objet plastique final ne dit rien de sa capacité à se dégrader ou non. Un plastique biodégradable n’est pas forcément biosourcé et inversement. En France, la réglementation sur les sacs en plastique à usage unique n’impose qu’une incorporation minimale de matières biosourcées. Ainsi l’échéancier prévu par l’Etat est le suivant :
– 30 % de matières biosourcées à partir du 1er janvier 2017
– 40 % à partir du 1er janvier 2018
– 50 % à partir du 1er janvier 2020
– 60 % à partir du 1er  janvier 2025

Les conditions de biodégradabilité des plastiques biodégradables font de plus largement débat, notamment en milieu aqueux. En France, la norme NF EN 13-432 souvent présentée par les fabricants ne garantit qu’une biodégradabilité en conditions industrielles, c’est-à-dire à haute température, dans un compost industriel. Cette norme ne concerne donc pas le compost de jardin ou d’appartement et ne garantit pas non plus que ces produits finissent dégradés dans un temps acceptable. Le label OK Compost Home, définit par la norme NF T 51-800, garantit quant à lui la compostabilité du déchet dans un compost domestique mais les durées de dégradation sont difficiles à déterminer et dépendent de nombreux paramètres.

Dans la mer, ou dans un cours d’eau, condition la moins propice à la décomposition des déchets, ces plastiques posent en réalité les mêmes problèmes que les plastiques conventionnels. De nombreuses années peuvent s’écouler avant leur disparition complète, laissant tout le temps nécessaire à des animaux marins de les confondre avec un aliment et de se retrouver dans la chaîne alimentaire. Par ailleurs, ces fragments colmatent les fonds marins, risquant d’étouffer la biodiversité qui s’y développe.

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Mais alors, se moquerait-on du consommateur ?

Il est clair que certains industriels abusent de la conscience écologique des consommateurs. Les études actuelles ne permettent pas de déterminer si le bioplastique est meilleur ou non pour l’environnement. On pourrait craindre, au contraire, que ces arguments marketing ne séduisent un plus grand nombre de consommateurs et qu’ils en incitent certains à jeter les déchets dans la nature plutôt qu’à les recycler.

Avant de se tourner vers les bioplastiques, il s’agit pour nous tous de privilégier les contenants réutilisables tels que les écorecharges, les cabas ou les gourdes. Le premier des éco-geste reste évidemment de trier les plastiques qui peuvent l’être et de réutiliser un maximum les sacs encore distribués dans certains magasins. Enfin, dans le doute, mieux vaut réduire le plus possible notre consommation de plastique en privilégiant les totebags, les aliments en vrac, les contenants en verre ou réutilisables et en évitant, quand cela est possible, le sac ou l’emballage « de confort » encore proposés dans certains commerces.

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Pour plus d’infos sur le positionnement de Surfrider concernant les bioplastiques, lire notre actualité sur le sujet.

Pour plus d’infos sur les bioplastiques, consulter le rapport de l’UNEP sur le sujet : Biodegradable Plastics and Marine Litter, Misconceptions, Concerns and Impacts on Marine Environments, 2015.

Rédaction : Alicia Munoz

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