Baignade interdite pour les mégots

Et si coquillages et crustacés étaient remplacés par une armée de mégots, est-ce que vous apprécieriez autant d’aller à la plage ? Peut-être pas. Pourtant il est possible que ce soit le scénario de demain car les mégots de cigarettes comptent parmi les déchets les plus récurrents et polluants. Arrêt sur un serial killer des écosystèmes marins. 

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 © surfrider foundation europe

Sur les plages de demain : on fera des châteaux de sable remplis de mégots, on nagera dans des nappes de mégots, on posera sa serviette sur un lit de mégots… Cela vous paraît exagéré ? Cependant à l’occasion des Initiatives Océanes de 2014 des bénévoles Surfrider ont pu avoir le malheureux plaisir de ramasser des quantités astronomiques de mégots, soit 8 000 en 2 heures à Six-Fours et 25 000 en 3 heures à Marseille.

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67 423 Mégots se sont 3371 paquets jetés directement dans la mer et potentiellement 185 500 litres d’eau pollués (Bilan environnemental des Initiatives Océanes 2015).

Jeter par terre, c’est jeter en mer !

Une étude a démontré qu’un seul mégot était suffisamment toxique pour donner la mort à la moitié des petits poissons présents dans un litre d’eau, et cela en seulement 96 heures. De la même façon, les mégots dans l’Océan sont souvent ingérés par la faune sauvage ce qui engendre un faux sentiment de satiété donc de sous-nutrition et peuvent bloquer le système digestif. Comme les poissons, les enfants en bas âge pensent les mégots comestibles et sont tentés de les mettre à la bouche. Mais la pollution ne s’arrête pas là, puisqu’il n’est pas inconcevable que nous ingérions aussi ces composés nocifs lorsque nous consommons des produits de la mer.

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© nobutts.org

Entre pollution chimique et ingestion par les jeunes enfants et les animaux, les mégots ont remporté bien tristement la place de symboles de combat Surfrider contre les déchets aquatiques – au même titre que le plastique et les cotons tiges.



Quelques chiffres qui font froid dans le dos :

12 ans, c’est le temps que met un mégot à se dégrader totalement ;

500 litres d’eau, c’est la quantité polluée par un seul et unique mégot ;

137 000 mégots, c’est le nombre jetés chaque seconde dans les rues du monde entier.


Serial killer de l’Océan

Un mégot de cigarette se compose d’un filtre – en acétate de cellulose, qui est une forme de plastique traité par des substances toxiques pour lui donner sa forme (dioxyde de titane, triacétine, etc.) – d’un reliquat de tabac et d’un papier entourant le filtre.

La fin de vie d’un mégot est généralement dans l’Océan, de par le phénomènes des vents et des eaux. Ainsi, il représente à lui seul près de 40 % des déchets présents dans la mer Méditerranée.

Les composants chimiques du mégot (mercure, arsenic, goudron, résidus de pesticides et autres métaux lourds) sont libérés en moins d’une heure au contact de l’eau. Tandis qu’en montagne, un mégot peut polluer un mètre cube de neige – cette même neige qui deviendra liquide et finira son voyage dans les eaux (nappes phréatiques, cours d’eau, mers et Océan).

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 © la ligue contre le cancer.

Sensibiliser sans culpabiliser

Biarritz, première ville de l’Atlantique interdite à la cigarette, fait suite à Nice et Cannes sur la Côte d’Azur, Saint-Malo en Bretagne et Ouistreham dans le Calvados. La plage du Port-Vieux, sans tabac depuis 2015, est un exemple que l’éducation est efficace pour promouvoir des comportements plus responsables. Des ‘brigades de l’environnement’ souvent composées de Service Civique veillent au bon respect de cette mesure dans un esprit de sensibilisation. Ils sont là afin d’informer et de sensibiliser sur les conséquences multiples d’une simple cigarette. Alors qu’aux premiers abords un vif intérêt a été suscité, les usagers semblent désormais accommodants et compréhensifs.

Sensibiliser sans culpabiliser est souvent le moyen le plus efficace afin de faire comprendre aux citoyens qu’un petit geste peut avoir des conséquences insoupçonnées et qu’à titre individuel nous avons tous une capacité d’agir en faveur d’un monde propre et durable. Cela passe par exemple par l’utilisation de cendriers de pocheCar être citoyen c’est aussi respecter ceux qui nous entourent et l’environnement. Donc, cap ou pas cap de ne pas jeter ses mégots par terre ? Car jeter par terre, c’est jeter en mer !

Laura Anty, Rédactrice Environnement